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Isabelle Bary, Les dix-sept valises, roman, éd. Luce Wilquin, 2018

Activités - Comptes-Rendus

Isabelle Bary, Les dix-sept valises, roman, éd. Luce Wilquin, 2018
Un roman qui débute sur un évènement, ou plutôt un non-évènement, une absence, mais une absence pleine de légèreté, presque de féérie. Et d’emblée, nous voilà replacés dans le climat propre à l’auteure: un grand souci de ses personnages, de tous ses personnages, même les pires, pris eux-mêmes dans une espèce de sfumato, de brume, qui les voile un peu, sans les cacher. Ainsi ce père quasi mythique, dont les apparitions et les disparitions viennent scander une bonne part du récit. Les femmes en sont les victimes, de par la société traditionnelle ou semi-traditionnelle dans laquelle elles vivent. C’est peu à peu seulement, par des avancées prudentes, avec de petits moyens qu’elles arriveront à se trouver une place dans cette société. Les hommes, eux, dont ce père aux dix-sept valises, sont des héros un peu avachis, dont la gloriole est vite ternie. Reste la violence, injuste, inadmissible. Et puis, tous ces paumés, avec leurs grands rêves, leur soif de tendresse, et puis, la retombée dans la grisaille. Et aussi, pour les femmes, cette nécessité d’être sur ses gardes, toujours, d’éviter les pièges qui leur sont tendus. Cela va-t-il mieux chez les riches? Pas toujours. Pas souvent. L’argent aussi, c’est un piège.

Mais la vie vaut toujours la peine d’être vécue. Et dire qui on est, c’est d’abord vivre sa vie. Apprendre à la lire, et à l’écrire. Au risque de se perdre. L’extrême solitude n’est pas vivable. Il y aura bien aussi, surgissant çà et là, la magie de cette société traditionnelle, et la magie des sciences plus ou moins occultes. Une fuite plutôt qu’une issue. Il faut faire avec…

Ce mélange, chez Isabelle Bary, de la féérie, de l’envolée lyrique, parfois, et du vocabulaire le plus concret, le plus contemporain, des jeunes, des immigrés. Même s’il risque d’être vite oublié. Car c’est ainsi qu’ils vivent, et que nous aussi nous vivons, un pied dans le rêve, un pied dans la réalité. Écoutons donc un peu sa petite musique, p.28: Elle avait l’air serein, elle me souriait en continu, toujours avec les yeux. Des yeux d’encre d’où jaillissait un pétillement qui purifiait tout, des grandes afflictions de sa vie à ce succès qui lui faisait mal. Elle voulait juste cuisinier, Alicia, pas être star. p.163: Alors, Nour a pris mon sac et je l’ai suivie. J’ai regardé son dos droit, elle marchait comme papa, en dansant. Amina a serré ma main dans la sienne, et nos doigts se sont reconnus, comme s’ils s’étaient déjà rencontrés dans un autre monde. Elle avait la peau tiède et douce. Comme dans mes souvenirs.

Bien sûr, les dix-sept valises, si elles existent dans la réalité, ne sont pas là seulement pour le pittoresque, pour le titre. C’est une image très forte: nous portons tous nos valises, c’est un peu comme des cocons qui entourent notre être intime, et dont nous cherchons à nous débarrasser. Et parfois, c’est notre père qui les oublie dans le train. Les chemins de fer ont remplacé, pour les immigrés, les forêts du Petit Poucet. p.120: Sans le savoir, j’entamais lentement ce chemin où l’on pose peu à peu les valises de l’enfance. Chez moi, il y en avait dix-sept. Et tout finira au bord de la mer, là où tout avait commencé.

Joseph Bodson

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Le pavillon de la littérature

« Alicia était morte, mais son empreinte m’habitait toujours. Alors, je me suis levée et j’ai pensé qu’il était temps de continuer à vivre. »

Mathilde Lambert - la narratrice, une jeune journaliste - rejoint Alicia Zitouni à Essaouira où la fraîche(ment) célèbre cheffe - elle fait le buzz sur le Net - lui a fixé rendez-vous.

Las Alicia s’est évaporée, sans doute s’est-elle noyée.

Les média s’emparent de sa vie, de son passé ; Mathilde se décide à procéder, de son côté, à une enquête de fond, une investigation qui permettra de restaurer Alicia dans sa vérité, sa dignité solaire.

Un rayonnement qui est l’essence de ce roman, librement inspiré, nous précise Isabelle Bary, de l’histoire d’Annie , de sa si jolie manière de voir la vie. Mathilde va écrire le roman. d’Alicia… Les dix-sept valises.

Un travail d’écriture que nous suivons pas-à-pas, en miroir abyssal du roman qu’Isabelle Bary est précisément en train de construire.

Il entre en résonance - singulière - avec sa propre vie. La nôtre, aussi.

Et cerne à l’intime la conception de l’écriture, l’incorporation de la vie d’autrui.

Son existence passée s’effilochait jour après jour. Mon imaginaire cannibalisait le passé et même l’avenir. Chaque nouvelle seconde amnésiait un peu plus le vrai rire d’Alicia, son allure d’alors, son véritable visage. L’amie d’avant s’évaporait peu à peu comme une histoire d’enfance dont on ne se rappelle que la trame. j’étais journaliste, j’écrivais des faits, des choses avérées et vérifiables et j’avais toujours pensé qu’il me serait difficile d’introduire de la fiction dans un récit, de combler des manques, de tronquer des personnages et des situations. Au lieu de quoi, la réalité m’échappait sans effort, et maintenant que l’apparence réelle d’Alicia se montrait floue au point que je puisse la concevoir selon mon envie, je mesurais davantage à quel point elle avait bousculé ma vie. Le vide qu’elle me laissait prenait toute la place à présent.

L’écriture est subtile, vive, maîtrisée,

Une vraie, bienfaisante œuvre d’introspection.

Je vous en recommande la lecture.

Apolline Elter

Les dix-sept valises, Isabelle Bary, roman, Editions Luce Wilquin, septembre 2018, 190 pp

Prolongation de lecture

AE : Le titre du roman est métaphorique, son nombre premier, symbolique… Il vous a été suggéré par Annie, l’instigatrice de cette très belle écriture…

Isabelle Bary : Trouver le titre d’un roman n’est pas une mince affaire ! S’il ne tient qu’en quelques mots, ceux-ci se doivent de donner le ton. Lorsqu’Annie, dont j’ai, dans ce roman, très librement interprété l’histoire, m’a parlé de ces fameuses dix-sept valises, j’ai su que je tenais là le titre du roman. Il s’agit des dix-sept valises que sa famille a trimballées lors d’un retour au pays (le Maroc), un voyage qui signe un tournant majeur dans l’histoire du personnage principal. Le nombre est extravagant pour des bagages, comme l’est la vie de l’héroïne, élevée dans un monde violent. Puis, on ne transporte pas dix-sept valises facilement, c’est lourd et encombrant. Pourtant Alicia s’en accommodera, y verra mille merveilles, parce qu’une valise, c’est aussi une incitation à l’évasion.

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A book is always a good idea

Isabelle Bary « Dix-sept valises »

Quatrième de couverture

Alicia Zitouni est ce genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, acculturé et soumis au diktat des hommes. Pourtant Alicia rayonne. Elle transpire cet enchantement pour la vie qui permet de la traverser les bras grand ouverts, quel que soit le cadeau de naissance.

Lorsque Mathilde Lambert – jeune femme moderne qui a tout pour aller bien – décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet va bouleverser sa vie.

En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire et se laissera porter par la grâce d’envisager le monde avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux.

Mon avis

Écrire. Écrire pour changer le destin transformer une vérité qu’on n’accepte peut-être pas et réinventer la réalité. Mathilde décide d’écrire un roman pour donner un sens au destin de son amie Alicia, que l’on a vu entrer dans l’océan et disparaître au loin. Lentement, le processus de l’écriture s’élabore. Elle retrace le parcours de son amie, de l’enfance douloureuse au succès! Et bientôt, elle comprend qu’écrire n’est pas une affaire de mots, mais une affaire d’amour. Elle se laisse alors emporter par son imagination…

Alternant le récit de la vie d’Alicia et le travail d’écriture de Mathilde, on découvre les portraits de deux femmes, différentes mais attachantes et fragiles, qui toutes deux mettent beaucoup d’amour dans ce qu’elles font: l’une écrit et l’autre cuisine.

Un roman qui analyse le besoin d’écriture, cette écriture qui bouleverse et envahit la vie. Un très joli roman inspiré par une histoire vraie!

Extraits

  • C’est l’apanage des âmes prodigieuses, on leur trouve toujours une attitude, un sourire, une délicatesse qui nous incitent à nous laisser entraîner dans leur liberté.
  • Mais écrire, c’est être libre, non?
  • Écrire était avant tout un acte de tolérance.
  • … le récit s’est fait vivant, les mots, les phrases puis les paragraphes sont devenus cette histoire sur j’avais envie d’écrire.
  • Je comprenais qu’à défaut de pouvoir changer le monde, le voir autrement est parfois la seule issue.
  • Sans plus chercher à comprendre pourquoi, sans culpabiliser, sans vouloir convertir le cours des choses, sans chercher à convaincre ou être aimée. Juste vivre. Juste écrire.
  • Moi, je crois qu’écrire est une manière de vivre. Que, quand tu crées tes personnages, ils déteignent sur toi et te forcent à voir la vie autrement, avec leur regard à eux.
  • Tu crois qu’écrire rend plus tolérant ?
  • Évidemment! Et plus heureux!
  • Sans doute. Je vais y réfléchir.
  • Les mots sont dangereux, parfois. Ils instillent des impressions, des vides qu’on comble en cherchant à deviner ce que l’autre n’a pas dit.
  • Écrire était devenu mon acte d’amour.

Note

4/5

Éditions Luce Wilquin. 2018, 190p.

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Le blog de Argali

Les dix-sept valises, Isabelle BARY

Alicia Zitouni est le genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, aculturé et soumis au diktat des hommes. Pourtant Alicia rayonne. Elle transpire cet enchantement pour la vie qui permet de la traverser les bras grand ouverts, quel que soit le cadeau de naissance.

Lorsque Mathilde Lambert, jeune femme moderne, décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet va bouleverser sa vie.

En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire et se laissera porter par la grâce d’envisager le monde avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux.

Mon avis

Jusqu’ici, je n’ai fait que de bons choix parmi les romans de la rentrée.

Je termine le dernier livre d’Isabelle Bary, lu d’une traite en quelques heures. Un récit positif (enfin ) et très humain.

Les hasards de la vie ont mis en présence Mathilde et Alicia. Une amitié sincère est née entre ces deux femmes si différentes. La première a un métier qu’elle aime, un compagnon qui l’aime et sa vie est pleine de doutes. La seconde a connu une vie cahotique et pourtant elle possède une force vitale incroyable qui lui permet de voir la poésie et le beau en toute chose. Alicia est une belle âme, elle est solaire et rayonne sur les autres. Elle apaise Mathilde par sa simple présence. Lorsqu’Alicia disparait, Mathilde décide de lui rendre hommage en racontant son incroyable parcours. Plongeant au cœur d’un art de vivre oriental où l’imaginaire et la poésie jouent un rôle primordial, elle va trouver peu à peu des réponses à ses propres questionnements.

La technique narrative -une mise en abîme bien choisie- entrelace la vie et les pensées des deux femmes, rendant le récit dynamique. Pour évoquer les vérités enfouies, les relations familiales, l’espoir, la peur, l’amour… Isabelle Bary décline avec harmonie les notes justes d’une partition vitale mouvementée jusqu’au point d’orgue inattendu.

J’ai été rapidement embarquée par l’écriture fluide et sensuelle de l’auteure qui nous invite dans l’intimité de ces deux femmes. C’est une belle ode à la vie, un roman intimiste qui nous parle de déracinement, d’identité, de douleur mais aussi de la force des femmes et de l’influence que chacun a sur sa propre existence. Apprendre à s’aimer soi-même, à aller à la rencontre de sa part d’ombre, c’est le premier pas vers une vie sereine. Alicia nous le laisse voir, elle dont la maxime est « Ce qui importe, ce n’est pas la vie qu’on a reçue mais la manière dont on la vit ! »

Inspirée d’une rencontre réellement vécue par Isabelle Bary, ce roman positif nous présente de beaux portraits de femmes et nous sort de préjugés dans lesquels nous sommes trop souvent enfermés.

Merci aux éditions Luce Wilquin pour ce bel envoi.

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Les plaisirs de Marc Page

Les dix-sept valises – Isabelle Bary – Éditions Luce Wilquin 2018 – ISBN 9782882535504

Son vélo est posé sur la dune qui domine la plage.

De loin, on dirait qu’il flotte dans le ciel. Je souris, fière d’avoir deviné ses intentions matinales. Je range mon scooter à l’abri du vent qui brise le silence de l’aube, puis j’emprunte le sentier qui mène à la crique, en contrebas…

A mi-parcours, j’aperçois la serviette étendue sur le sable sous un tas de vêtements. La plage est déserte. Tout présage à la baignade. Pourtant personne ne flotte sur la mer.

Une, trois six minutes, Alicia ne réapparaît pas.

Lorsque Mathilde Lambert – jeune femme moderne qui a tout pour aller bien – décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet va bouleverser sa vie.
En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire, et se laissera porter par la grâce d’envisager le monde avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux.

Alicia Zitouni mène une rude existence, gouvernée par des hommes violents. Malgré les épreuves traversées, elle reste rayonnante. C’est le genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, acculturé et soumis au diktat des hommes.

Outre l’originalité de la construction du récit, c’est l’écriture d’Isabelle Bary qui attire l’attention du lecteur. Les mots sonnent aux oreilles comme un murmure de confidence. Nous évoluons dans l’histoire sous un jour de plus en plus intime et adhérons à l’aventure.

Si nous n’avons pas les mêmes convictions ni la même fantaisie que l’héroïne, nous nous laissons emporter par sa manière audacieuse et magnifique de voir la vie.

Isabelle Bary tisse, dans son dixième livre, le portrait d’une femme aux origines métissées et au lourd passé qui gagne sa liberté en posant un regard particulier sur les choses de la vie. Elle a ce pouvoir de transformer les fardeaux de son existence en cadeaux. Et si nous étions tous dotés de cette force-là ?

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Blog Grain de Sab

Dehors, il fait gris, triste et froid. Je choisis que cela ne m’atteindra pas et j’ai de la chance : Aujourd’hui, j’ai rendez-vous sous ma couette avec un roman à chroniquer.

Tout a commencé il y a deux mois. En écoutant la radio, j’ai entendu Isabelle Bary, que je ne connais absolument pas, présenter son dernier roman « Les dix-sept valises » (éditions Luce Wilquin) dans une émission consacrée à l’optimisme et au bonheur. Mue d’une impulsion subite, j’ai décroché mon téléphone pour appeler l’émission afin de témoigner et quelle ne fut pas ma surprise de passer en direct ! Lorsque j’ai raccroché, je tremblais, stupéfaite de ma propre audace.

Et puis, il y a plus d’un mois, un site auquel je suis abonnée a mentionné ce roman dans la liste des livres à chroniquer. J’ai évidemment sauté sur l’occasion et je l’ai reçu dix jours plus tard.

Dans ce récit, écrit à la première personne, la narratrice, Mathilde Lambert, est une jeune journaliste pour un hebdomadaire d’informations et de loisirs.

L’histoire débute le 4 septembre 2018, sur une plage où Mathilde cherche en vain une jeune femme, Alicia Zitouni. La veille, elle avait pris l’avion pour Essaouira afin de la rejoindre. Alicia est, comme elle l’explique, une très belle femme « anormalement solaire, du genre qui voit le beau partout et du coup, le beau le lui rend bien », d’origine mi-marocaine, mi-algérienne qui vit en Belgique. Elles se sont rencontrées par hasard un an plus tôt, dans les cuisines d’une auberge des  Ardennes belges où Mathilde devait effectuer un reportage sur « la détresse de l’homme moderne ».

Depuis, Alicia a connu une carrière fulgurante dans le monde de la gastronomie  belge et est devenue une cheffe réputée que toute la presse cherche à interviewer. Mais Alicia n’aime pas la célébrité et a choisi de donner l’exclusivité de son interview à Mathilde qui l’a donc rejointe au Maroc. Malheureusement, Alice disparaît sur la plage. Vraisemblablement noyée. Après trois jours de deuil, Mathilde se ressaisit : « Il est temps de continuer à vivre ».

Dans une très jolie mise en abyme, Mathilde, la narratrice, décide alors de raconter l’histoire d’Alice. Mais pas de la manière que souhaite l’hebdomadaire qui l’emploie. Elle veut que ce soit un roman. Aussi, elle plaque son boulot pour deux mois, s’installe au Maroc dans l’appartement qu’Alice avait loué et choisit de se mettre dans sa peau pour la raconter.

Car l’histoire d’Alice, c’est tout sauf un conte de fée. Dès sa plus tendre enfance, elle a été confrontée au désamour de presque tous ses proches, au rejet, à la pauvreté, la saleté, soumise à la violence physique et aux brimades… Comment, se demande Mathilde (qui a tout pour être heureuse mais ne l’est pas), Alice est-elle parvenue traverser toutes ces épreuves avec tant de joie de vivre, de bonheur et de charisme ?

Je ne pourrai pas vous le raconter au moment où j’écris ces lignes car j’en suis là dans ma lecture, mais vous l’avez compris depuis longtemps, je suis sous le charme de ce roman qu’on pourrait qualifier de « feel-good » s’il n’avait pas cette qualité d’écriture et cette profondeur de réflexion qui le rend particulier.

Dès les premières lignes, j’ai été captivée par ma lecture. Isabelle Bary a un style que je qualifierai de simple et directe, sans fioriture, mais d’une écriture si délicate et pudique qu’elle en devient fluide et poétique. Des phrases courtes. Un sujet, un verbe, un complément. Peu de phrases subordonnées. Le rythme est rapide, soutenu. Les chapitres sont courts et nous entrainent dans le récit. Je me suis laissée happée par l’histoire avec plaisir. Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de lire une histoire aussi positive, voire optimiste, de cette qualité.

C’est un livre qui fait du bien tout en donnant à réfléchir sur nous-mêmes et notre manière d’aborder la vie et le monde. Qu’on a envie de déguster mais que l’on a du mal à arrêter quand on a commencé.

Bref, je suis fan de ce roman. Inconditionnellement. Lisez-le, dévorez-le, savourez-le. Faites ce que vous voulez, mais laissez-moi le terminer tranquillement sous ma couette !


Le coin lecture de Nath

Les dix-sept valises - Isabelle Bary

  • Luce Wilquin
  • Collection
  • SméraldineParution : 13 septembre 2018
  • Pages : 192
  • ISBN : 9782882535504
  • Prix : 19 €

Présentation de l'éditeur

Ce qui importe, ce n’est pas la vie qu’on a reçue mais la manière dont on la vit.

Alicia Zitouni est ce genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, acculturé et soumis au diktat des hommes. Pourtant Alicia rayonne. Elle transpire cet enchantement pour la vie qui permet de la traverser les bras grand ouverts, quel que soit le cadeau de naissance.Lorsque Mathilde Lambert – jeune femme moderne qui a tout pour aller bien – décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet va bouleverser sa vie. En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire et se laissera porter par la grâce d’envisager le monde avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux.

Isabelle Bary tisse, dans son dixième livre, le portrait d’une femme aux origines métissées et au lourd passé qui gagne sa liberté en posant un regard particulier sur les choses de la vie. Elle a ce pouvoir de transformer les fardeaux de son existence en cadeaux. Et si nous étions tous dotés de cette force-là ?

Mon avis

Quel bonheur de retrouver la plume d'Isabelle Bary pour son septième roman.
C'est au départ d'une rencontre en 2016 que petit à petit est né ce roman nous raconte Isabelle Bary.
Ce qui importe ce n'est pas que la vie qu'on a reçue mais la manière dont on la vit.

Une très jolie phrase qui résume bien que la vie est peut-être ce que l'on décide qu'elle soit.

Mathilde Lambert est journaliste, sa vie a changé lorsqu'elle a croisé Alicia Zitouni, une grande cheffe internationale d'origine marocaine. Elle se rend à Essaouira pour la revoir mais Alicia a disparu, elle se serait noyée lors de son bain de mer quotidien. Mathilde décide d'écrire un roman rendant hommage à Alicia et racontant sa vie, son parcours. Elle s'installe donc à Essaouira avec Zahra qui veille sur elle.

Alicia a eu un destin hors du commun, elle en a bravé des sorts de la vie. D'origine marocaine avec un père algérien, elle a connu le déracinement, la violence, la pauvreté, le décrochage scolaire, elle a fait de mauvais choix mais a toujours abordé la vie avec force, vitalité et optimisme, cherchant toujours à mettre en avant le beau côté des choses pour devenir la grande cheffe internationale qu'elle est devenue.

On assiste donc à la naissance du roman dans le roman. L'écriture, son processus, ce besoin d'écrire et de petit à petit s'abandonner, se révéler. En écrivant, Mathilde va peu à peu comprendre qu'il y a différentes façons d'affronter l'existence, on peut subir, être fermé au changement ou au contraire lâcher prise, vivre une autre vie imaginaire.

Elle va alors écouter les croyances racontées par Zahra, les Djins, les tarots, comprendre peu à peu le sixième sens de son amie. Pouvoir lâcher prise, arrêter de diriger son existence peut tout changer. Ecrire deviendra un acte d'amour. La plume est vive, dynamique, elle alterne avec le moment présent, sa perception du monde, celle qui peut changer la vie et en italique le roman, la vie d'Alicia, ses manques, ses forces, sa joie.

Une écriture souple, agréable parsemée de moments d'émotions intenses.

Le manque du père, l'amour, la relation père-fille sont abordés. Un roman qui compte plusieurs strates de lecture, à lire je pense sous différents angles.

J'ai passé un agréable moment.

Ma note

8.5/10

Les jolies phrases

Mais écrire, c'est être libre, non ?

C'est ma capacité à voir le beau qui m'a sauvée.

Je comprenais qu'à défaut de pouvoir changer le monde, le voir autrement est parfois la seule issue.

Un petit aveu de bonheur volé, et tout devint de ma seule faute.

Tu crois qu'écrire rend plus tolérant ? Évidemment ! Et plus heureux.

Si on ne pouvait entièrement diriger sa propre existence, on avait toujours le pouvoir de regarder autrement.

C'est l'apanage des âmes prodigieuses, on leur trouve toujours une attitude, un sourire, une délicatesse qui nous incitent à nous laisser entraîner dans leur liberté.

Je comprenais qu'à défaut de pouvoir changer le monde, le voir autrement est parfois la seule issue.

Les mots sont dangereux, parfois. Ils instillent des impressions, des vides qu'on comble en cherchant à deviner ce que l'autre n'a pas dit.

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Satiricon.be

C’est dans un style éblouissant que le dixième ouvrage d’Isabelle Bary (après Globe Sory en 2005, Le cadeau de Léa en 2008, Baruffa en 2009, Juste un regard en 2010, La prophétie du jaguar en 2011, Braine blues en 2012, La vie selon Hope en 2013, Zebraska en 2014 et Ce qu’elle ne m’a pas dit en 2016), un roman remarquable intitulé Les dix-sept valises (Avin, Éditions Luce Wilquin), dévoile la destinée d’une femme à la culture métissée et au lourd passé qui a le pouvoir de transformer les fardeaux de son existence en cadeaux de la destinée.

En voici le pitch :

« Alicia Zitouni est ce genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, acculturé et soumis au diktat des hommes. Pourtant Alicia rayonne. Elle transpire cet enchantement pour la vie qui permet de la traverser les bras grands ouverts, quel que soit le cadeau de naissance.

Lorsque Mathilde Lambert – jeune femme moderne qui a tout pour aller bien – décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet bouleversera sa vie.

En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera dans les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire et se laissera porter par la grâce d’envisager la vie avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux. »

Un livre qui pétille de finesse et de grandeur d’âme !

PÉTRONE

Les dix-sept valises par Isabelle Bary, Avin, Éditions Luce Wilquin, septembre 2018, 192 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 €