Ce qu’on en dit dans les blogs…

« Ce qu’elle ne m’a pas dit»,
le dernier roman d’ Isabelle Bary

octobre 2016

Extraits de l’article :

Faut-il révéler les secrets de famille ?
La vérité est-elle toujours bonne à dire ?

Comment et quand la dévoiler ? Dans son sixième roman, Isabelle Bary a décidé de mettre imagination, mémoire, amour, humour et joie de vivre comme alternatives au silence.

Pour ce faire elle met en scène une famille classique et sans histoire qui, plongée malgré elle dans un passé douloureux tenu secret, se retrouve mêlée à un destin hors du commun. Marie a quarante-sept ans. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils mènent une vie ordinaire Avant que Marie découvre le secret bien gardé du passé passionné et violent qui est le sien.

Tantôt cruelle et tantôt drôle, émouvante et parfois désespérée, la révélation de ce secret tisse peu à peu une histoire qui rapprochera Marie de sa fille.

Ce roman est né d’une discussion entre Isabelle Bary et sa propre mère à propos de son grand-père anglais. « À l’aube de la Seconde Guerre, il avait trouvé, dans sa boîte aux lettres, trois plumes blanches, signe déshonorant pour ne pas s’être engagé dans l’armée britannique, à la différence de son jeune frère parti au combat. J’ai creusé, et voilà comment est né ce roman(…). Pour finir, dire ou ne pas dire n’est peut-être pas le vrai débat. Cela dépend des circonstances, du sujet en question. Ce qui importe vraiment, c’est comment le dire. C’est en ce sens que j’ai tenté de guider la petite famille de ce roman, en lui léguant l’amour, l’humour, la joie de vivre et l’imaginaire nécessaires à la délicate mission de la transmission d’un secret poignant ».

Éditions Luce Wilquin, 256 p., 20 €

Blog Psychologies Magazine nov 2016


Le Carnet et les Instants

Revue des Lettres belges francophones

Le poids des racines coupées

Isabelle BARY, Ce qu’elle ne m’a pas dit, Avin, Luce Wilquin, septembre 2016, 256p., 20€

Marie et Alex forment un couple en apparence conventionnel. Elle est une enfant unique et une chercheuse scientifique de 47 ans. Lui est un prof de philo converti en vendeur de soutiens-gorge, issu d’une famille généreuse et démonstrative. De leur union est née Nola, une jeune femme de presque 16 ans, hypersensible et en quête de sens. Leur quotidien semble banal, rythmé par le boulot, les disputes et les fous rires.

Ce petit train-train ronronne paisiblement, ponctué par des touches d’humour, mais certains détails nous montrent des failles. Les failles de Marie, plus précisément, avec lesquelles Alex et Nola semblent tenter de composer. Ayant peur de tout et étant touchée par des TOC, Marie caresse constamment la plume autour de son cou, offerte à sa naissance par son père.

Je [Nola] serais incapable de dire si ma mère m’agace vraiment. C’est juste ma mère. Fais ci, fais ça, t’aurais pas oublié ci ?, t’écoute[s] ce que je dis ?, tiens-toi droite.
L’oxygène me manque chaque fois qu’elle entre dans ma chambre, mais je mourrais sans sa main qui glisse à l’envers sur ma joue. Elle a des gestes comme ça. C’est une des choses que j’aime chez elle. Comme son amour des maths, ses boucles blondes qui me chatouillent le nez quand elle m’embrasse, son rire aussi quand il s’emballe et nos conversations sur le sens de la vie. Ce que je déteste, hormis nos engueulades, c’est quand elle cesse de rire d’un coup. Quand, suite à un geste, un mot, une allusion ou un bruit, elle s’en va, les yeux vagues, dans un monde où plus personne n’a accès, moi compris. Alors son silence est comme une arme qui me fait me sentir nulle et impuissante.

De son côté, Alex envisage cet aspect plutôt positivement : « La seule chose que j’aime quand Marie se fige hors du monde, c’est ce mystère qui l’isole et la rend plus belle encore. J’ai épousé un mystère. »

Les parents de Marie sont morts dans un accident de voiture lorsqu’elle avait 3 ans. Lors du décès de sa Mamysuzy il y a 16 ans, sa grand-mère qui l’a élevée et qui a été son unique famille, Marie a récupéré un dossier bleu contenant 2 carnets : un expliquant ses origines amérindiennes, l’autre intitulé « L’accident ». Elle a lu le premier de suite, mais n’a jamais voulu lire le deuxième, supposant que l’accident était suspect. Persuadée que ne pas savoir la protégerait, elle a gardé ce carnet dans un tiroir pendant plusieurs années, mais c’est sans compter sur la détermination de Nola qui veut savoir la vérité et met sa mère au pied du mur. La difficulté de se positionner face à un secret de famille est alors mise au jour, dans toute sa subtilité.

Ceux qui, comme moi [Alex], sont nés dans le bruit des conversations, les rires, les pleurs et toutes ces sortes d’abondances familiales pensent que le silence est un choix. Qu’il est si facile de parler et que ceux qui ne le font pas n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Nola aussi le croit. Elle fait partie de cette génération où tout, toujours, doit être dit. Il faut tout savoir et tout de suite, d’ailleurs il suffit d’un clavier pour se donner raison. Auprès de Marie, j’ai appris qu’être un enfant du silence, c’est être condamné à imaginer. Qu’on ne s’en sort pas comme ça. Qu’il faut un antidote. Et cet antidote, c’est Nola !

Poussée par sa fille, Marie décide d’« entrer dans le roman de sa vie », mais elle lit le dossier par morceaux afin de digérer au fur et à mesure ce qu’elle apprend. Elle découvre en effet que la mort de ses parents était suspecte et fut déguisée en accident. Mamysuzy y décrit l’enquête secrète qu’elle a menée pendant de nombreuses années pour élucider le mystère.

Ce roman polyphonique est constitué d’extraits du dossier bleu entrecoupés des fragments de vie des 3 personnages, dont nous pouvons lire tout à tour le point de vue. À chaque changement de narrateur, l’histoire reprend là où elle s’est arrêtée au chapitre précédent, sans interrompre le récit de l’enquête, grâce à un subterfuge de l’auteure que nous vous laissons le soin de découvrir.

Vous l’aurez compris, ce récit révèle un secret, mais qui dépasse de loin le cadre de la vie familiale. Il puise certes ses racines dans les générations familiales précédentes, où les blessures comme la peur et la honte se sont transmises de mère en fille, mais il s’ancre aussi dans l’histoire plus large du peuple des Amérindiens, où nous découvrons des populations autochtones minoritaires et appauvries face à des colons usant contre eux d’une arme politique redoutable dont on parle encore trop peu.

Ce qu’elle ne m’a pas dit est un roman puissant où l’amour, la violence, la détermination et la lâcheté sont intrinsèquement liés. Il nous plonge dans l’univers de personnages imparfaits terriblement attachants, qui font ce qu’ils peuvent pour se construire et donner un sens à leur vie. Ce récit nous pose les questions qui nous taraudent sur le secret : révéler un secret de famille ne peut-il pas blesser plutôt qu’aider une personne ? La vérité est-elle toujours bonne à dire ? Si oui, quelle vérité ? Comment et quand la dévoiler ?

Séverine RADOUX

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Rentrée littéraire : Isabelle Bary : Les secrets de famille bien gardés

05/09/2016

Isabelle Bary aime parler de différence dans ses romans. Dans «Ce qu’elle en m’a pas dit», il est question de différence mais également de secrets de famille. Des secrets bien gardés qu’on n’ose pas dévoiler ou découvrir.

Pourquoi avoir choisi d’aborder les conditions des Amérindiens
dans votre roman ?

«Je suis partie au Canada plusieurs fois. Il y a plein de choses que l’on ne connaît pas dans l’Histoire. Je voulais parler des plumes et de sa symbolique. Ce qui m’a mené aux Amérindiens et à ce qu’ils ont subi. Le propos de mon livre traite des secrets de famille. De là, je suis arrivée aux secrets de la nation. Que cela soit au sein de la famille ou de la nation, il y a plein de secrets dont nous ne sommes pas fiers.»

Nola, l’adolescente de votre roman, rencontre sur Internet un Amérindien dont la sœur a disparu mystérieusement.

«C’est un constat qui s’est fait ces dernières années. Nous nous sommes rendu compte que beaucoup de jeunes femmes indiennes disparaissaient et que le pourcentage de ces disparitions était beaucoup plus élevé que par rapport aux femmes blanches. Ils se sont demandés s’il ne s’agissait pas d’un féminicide ethnique. Évidemment, il y a un contexte social dû à ce que tout ce qu’elles ont vécu: aujourd’hui, ces femmes sont plus à même de verser dans la prostitution et donc de se mettre en danger. Mais ces disparitions sont un véritable fléau.»

Vous montrez également la difficulté de trouver des coupables.

«Quand on vit dans ce contexte, on ne peut pas s’empêcher de penser que si ma sœur avait été blanche, on aurait mis plus de moyens en place pour la retrouver. Dans le roman, ce qui arrive aux parents de Marie relève un peu du même contexte. Ils sortent des normes, et du coup, on se demande si tout a vraiment été mis en œuvre pour trouver la vérité sur les circonstances de leur mort.»

Les parents de Marie dérangent, notamment parce qu’ils soignent les loups. Un animal qui est, d’après votre roman, mal vu au Canada.

«Un libraire m’a fait remarquer que dans tous mes livres, ce sont les mêmes thèmes qui reviennent. La différence est un de ces thèmes. Je trouve que la différence, c’est magnifique. C’est ce qui nous fait avancer. Le loup fait peur. Il fait partie d’un conditionnement que je nommerai mythologique, comme l’araignée. Pourtant, c’est un animal dont on a besoin et qui est noble. Le loup a mauvaise presse, comme les Amérindiens au Canada.»

« UN SECRET NUISIBLE TRANSPIRE »

Le fil rouge de votre roman est un secret de famille. C’est Nola, en pleine crise d’identité, qui va pousser sa mère à chercher la vérité.

«Nola est née dans une société où la vérité prime. On veut toujours tout savoir sur tout. Sur Facebook, on voit tout, on sait tout. Il y a ce besoin de tout dire. Pour Nola, c’est impensable que sa mère ne veuille pas savoir d’où elle vient. Elle crée donc le conflit. Mais souvent, quand les enfants créent le conflit, ils obligent les parents à se remettre en question. Les enfants peuvent aussi élever les parents. C’est par amour de sa fille que Marie va ouvrir le fameux dossier.»

Marie se voile la face. Elle ne veut pas affronter la vérité.

«Quand on se construit un joli monde, cela peut faire peur de se dire que la vérité va enlever cette sorte d’idéalisme que l’on a en nous. Alors, on remet ça à plus tard. Pourtant, il faut bien affronter la réalité. Un secret nuisible est par essence douloureux. On dit qu’il transpire. Il se transmet de génération en génération. On dit souvent que dévoiler un secret ne guérit pas mais ne pas le connaître nous rend malade.»

En quelques lignes

Le moindre accident de voiture rappelle à Marie la mort de ses parents. Une mort derrière laquelle plane un secret. Ce secret a été bien gardé durant toute son enfance et son adolescence. Mais à la mort de sa grand-mère, la jeune fille se trouve en possession d’un carnet bleu dans lequel est dévoilé le secret de sa famille. Des années plus tard, elle ne l’a toujours pas ouvert. Sa fille, Nola, ne supporte pas l’idée de ne pas savoir et bouscule sa mère pour qu’elle lise ce fameux carnet. Dans «Ce qu’elle ne m’a pas dit», l’écrivaine belge Isabelle Bary pose la question de savoir s’il faut toujours tout dire et tout savoir. En tout cas, le rythme et la plume de l’écrivaine nous ont donné envie de tourner les pages de plus en plus vite et de connaître la vérité sur la mort des parents de Marie. En parallèle, Isabelle Bary nous transporte dans un Canada aux problèmes ethniques encore bien présents. Un Canada où les Amérindiens connaissent racisme et discriminations. Une partie de l’Histoire que certains préféreraient que ça reste secret…

«Ce qu’elle ne m’a pas dit», d’Isabelle Bary, éditions Luce Wilquin, 524 pages, 20€ 3/5

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Critique site Babelio :

Ce qu’elle ne m’a pas dit – Isabelle Bary

Tandis que ses parents sont décédés dans un accident de voiture, Marie a été élevée par sa grand-mère. À la mort de celle-ci, Marie reçoit un dossier bleu mais refuse de l’ouvrir, de peur d’être confrontée à la réalité de son histoire familiale, que Mamysusy a toujours refusé de lui raconter. Sa fille Nola l’incitera pourtant à faire la lumière sur ses origines, pour le meilleur ou pour le pire…

Ce qu’elle ne m’a pas dit est un roman très agréable à lire. Il nous plonge dans l’histoire de Marie qui découvre ses véritables origines par la lecture d’un dossier apparu à la mort de sa grand-mère. Un roman intéressant sur les secrets de famille que l’on choisi de ne pas divulguer pour ne pas faire souffrir et sur l’importance de connaitre son ascendance pour se construire.

Chaque chapitre donne la parole à un protagoniste, ce qui permet au lecteur de faire connaissance avec chacun d’eux individuellement et de l’apprécier. Les personnages sont sympathiques et on ne peut que se retrouver dans la vie de famille moderne de Marie, d’Alex et de leur fille adolescente Nola, entre engueulades et réconciliations.

Sur la trace des parents de Marie, Isabelle Bary nous entraîne au cœur des forêts canadiennes, au plus proche des loups sauvages. On découvre avec ravissement les coutumes et légendes innues tandis que le génocide culturel dont ont été victimes les amérindiens nous incite à poser un regard différent sur ce beau pays.

J’aime l’écriture d’Isabelle Bary, que j’avais déjà découverte dans Le cadeau de Léa. Délicate et sans artifice, elle nous emporte sans difficulté dans l’histoire de Marie. Mais que l’on ne s’y trompe pas : l’auteure belge sait aussi manier le suspense avec efficacité pour garder le lecteur en attente.

Ce qu’elle ne m’a pas ditest un très beau roman qui interroge les secrets de famille et leurs incidences sur la vie de ses membres. Beaucoup de délicatesse et un peu d’humour en font une lecture que je n’oublierai pas.

Remerciement aux Editions Luce Wilquin pour cette lecture.

Ce qu’elle ne m’a pas dit – Isabelle Bary – Editions Luce Wilquin – 2016

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Blog : Le Coin lecture de Nath « extrait »

Ce qu’elle ne m’a pas dit, Isabelle Bary

Marie est une belle blonde quadra aux yeux bleus, elle est mariée à Alex Fransolet. Leur fille Nola est une belle brune aux yeux noirs. C’est troublant, on dirait Barbie et Blanche Neige ! C’est une famille bourgeoise d’aujourd’hui avec une ado un peu rebelle.

Marie a été élevée par sa grand-mère Mamysuzy, elle avait trois ans lorsque ses parents sont morts dans un accident. C’est peu après le décès de sa grand-mère, juste après la naissance de Nola il y a seize ans, qu’elle a reçu un dossier bleu contenant deux cahiers… qui lui révélerait ses origines et l’accident de ses parents.

Le secret de famille est distillé savamment tout au long de ce roman choral où Marie, Alex et Nola nous partagent leur ressenti.

L’écriture est intelligente, vive, dynamique. Ce secret de famille nous est peu à peu présenté comme un thriller, la tension monte peu à peu, on en a le souffle coupé, on veut savoir. Cela fonctionne très bien, l’intrigue est bien menée. La seconde partie se lit d’une traite, vous avez compris j’ai adoré, un joli coup de cœur de la rentrée.

Les jolies phrases

Pour savoir qui on est, maman on doit savoir d’où on vient. Ça vaut quoi une vie, Marie, si on ne peut même pas la raconter ? Je ne veux pas apprendre qui je suis en une nuit. On met des années à faire ça avec les enfants. Désormais, ces silences sont comme des lames de rasoir qui cherchent à m’entailler la peau et, pour me défendre, je les utilise en retour.

Pour Marie, se voiler la face était le seul moyen de nous (Nola, elle et moi) préserver de l’impensable, mais en réalité nous n’étions préservés que d’une chose : la vérité. Les chandails sont décidément trop petits pour abriter la douleur des gens trahis. Le mien me serrait si fort, je l’ai enlevé comme on ôte une pelure. Marie, ne pas savoir qu’on ne sait pas est une chose. Savoir qu’on ne sait pas est insupportable. Ne plus avoir le choix, être privée de cette liberté de décider de savoir ou pas me débarrassait d’un poids. J’ai compris alors que ce jour serait celui d’une délivrance, celui de la fin d’une légende et de sa suite de contraintes, d’artifices et de faux-semblants.

Ce n’est pas la réalité qui cause nos pires cauchemars, mais l’écart qui sépare cette réalité de la fièvre de notre imaginaire. Il fallait que tout le monde retrouve sa place. Et avoir sa place, ce n’est pas que géographique, c’est aussi exister dans le regard de l’autre. Il ne fallait pas que nous cessions d’exister.

mardi 20 septembre 2016

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Blog : Les petites lectures de Scarlett « extrait »

Ce qu’elle ne m’a pas dit, Isabelle Bary

Coup de Cœur :

Ma première lecture de la Rentrée Littéraire 2016 et ma lecture commune du mois avec Le Coin lecture de Nath : une fois encore une bonne pioche car nous avons été conquises toutes les deux ! J’adore quand un événement littéraire commence ainsi ! Cette année, j’ai commencé avec une autrice belge publiée dans une petite maison d’édition ! Et je me suis régalée : je l’ai dévoré en deux ou trois jours à peine !

Un roman passionnant écrit comme un suspense psychologique avec un travail sur les secrets de famille en plus ! Elle m’a tenue en haleine et j’ai quasiment lu la seconde moitié en apnée : je voulais savoir !!!

Tout commence quand Marie se dispute avec sa fille Nola, une adolescente de seize ans, à propos de la vie de ses parents disparus quand elle avait à peine 5 ans ! Soutenue par son mari, Alex, elle se décidera enfin à lire un carnet bleu dans lequel sa grand-mère, décédée seize ans avant, avait consigné tous les détails de l’accident de voiture qui a leur a coûté la vie au Canada.

En plus de la lecture du carnet de MamySusy, nous suivons aussi leur vie de famille avec le quotidien : les disputes de couples, avec leur fille, leurs joies, … Avec MamySusy, nous découvrons la vie en Belgique et au Canada il y a près de cinquante ans ! C’est un secret de famille cruel qui va faire exploser toutes les certitudes de la famille ! Nous plongeons dans la culture amérindienne, les injustices que cette population vit, la situation actuelle que ces gens vivaient dans les années 1920 et dans les années 1960. C’est très instructif et en même temps, c’est révoltant d’apprendre tout ce qu’ils ont vécus et vivent encore à l’heure actuelle.

Le roman est écrit avec beaucoup de fluidité, un style littéraire très agréable, limite addictif et une belle sensibilité. Chaque chapitre est raconté par un des protagonistes, ça donne un rythme très enlevé, et beaucoup d’émotions. En plus, ça nous offre la possibilité de suivre l’évolution du ressenti des personnages. Certains passages en italiques sont la retranscription du contenu de ce fameux carnet bleu. Il y a donc une belle variété de style qui empêche la moindre lassitude !

Un roman surprenant, sans temps mort, instructifs, aux personnages très attachants et au dénouement très surprenant ! Avec délicatesse et même une touche d’humour, Isabelle Bary décortique les conséquences d’un secret de famille sur ceux qui restent et qui le mettent en lumière !

Une superbe découverte que je recommande très chaleureusement !

Citation :

Le rire était sans aucun doute le plus joli trait d’union entre ces deux-là.

Intensité du coup de cœur :

coeurcoeurcoeurcoeurcoeur

20 septembre 2016

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La XXVème heure

Ce qu’elle ne m’a pas dit, Isabelle Bary

Si Philippe Grimbert, psychanalyste, considère que « Tout souvenir est fiction, récit imaginaire dont nous sommes les auteurs, bousculant lieux et dates, et c’est sur cette fiction que nous nous construisons, plus sûrement que sur la réalité des faits » ; Isabelle Bary souligne que « ce n’est pas la réalité qui cause nos pires cauchemars, mais l’écart qui sépare cette réalité de la fièvre de notre imaginaire ». Et c’est bien la confrontation à cette réalité qu’explore l’auteur de Zebraska dans son dernier opus Ce qu’elle ne m’a pas dit. L’histoire de Marie, confrontée à son passé enfoui dans un carnet bleu, sésame identitaire, qu’elle n’ose ouvrir autrement que succinctement, tant la peur génère la lenteur nécessaire à la vérité. Dans ce carnet, l’histoire d’un secret : celui de la mort de ses parents, la source de ses angoisses…

Sous forme d’un roman choral, c’est Marie et son histoire que dévoile par petites touches, Isabelle Bary. Qui est-elle cette quadra, symbole de son temps, dont l’esprit amérindien coule dans les veines. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils forment une famille bobo : un boulot accaparant, une vie sociale bien remplie, un chien, des cris, des fous rires, des impertinences d’ado, un peu d’herbe fumée en cachette. Banal…

Mais ça, c’était avant. Avant qu’un incident ne trouble la jeune femme et fasse remonter à la conscience, les questions du passé. Un passé lourd, tu, aux apparences violentes. Voici longtemps, ses parents sont décédés au Canada dans un accident de voiture dont l’origine demeure nébuleuse. Elevée par sa grand-mère, Mamysusy, les parents sont restés un sujet tabou. Inabordable. Mais au dècès de celle-ci, elle hérite d’un étrange dossier bleu. Contient-il son histoire familiale ? La vérité sur ses origines ? l’explication de l’accident ? Les raisons de son orphelinage ? Et que deviendra son présent, son futur, lorsque la vérité aura éclatée ? Face à ses doutes, Nola l’incitera à faire la lumière, pour le meilleur ou pour le pire…

Suivant les réflexions de chaque protagoniste, l’auteur tisse la toile de cette saga familiale. Disséquant l’évolution intime de chacun, elle déroule, en parfaite Ariane, le fil de la vérité au cœur d’un labyrinthe qui s’est construit sur deux continents. Et le lecteur de plonger dans les forêts canadiennes, de se confronter à la vie sauvage, au choix d’une autre existence et au danger de défendre ses idéaux.

L’art d’Isabelle Bary consiste à bâtir un récit où se conjuguent légèreté et profondeur, arguant que le seul chemin heureux est celui d’un sobriété insouciante teintée d’une douce simplicité. Et de conduire Marie et Nola sur le chemin de la réconciliation par un étonnant subterfuge.

En filigrane : l’amour, le temps qui passe, la sensualité, la confrontation des espaces,…

Au rythme d’un suspense, la plume se révèle fluide et élégante, alterne les styles pour dévoiler des vérités tant personnelles qu’universelles.

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Lire est un plaisir

« Le silence oblitère tout. » (Paul Auster)

Outre Globe Story paru en 2005 aux Éditions Complicités et Braine Blues chez Luc Pire en 2011 et après Le cadeau de Léa (2008), Baruffa (2009), La prophétie du jaguar (2011), La vie selon Hope (2013) et Zebraska (2014, sur les heurs et malheurs d’un enfant « à haut potentiel »), qui a rencontré un grand succès, Isabelle Bary (1968–) publie son sixième roman chez Luce Wilquin, Ce qu’elle ne m’a pas dit, cette fois sur le thème des secrets de famille.

En voici le pitch :

« Quel est le point commun entre une quadragénaire moderne, belge et blonde du XXIe siècle et un trappeur amérindien né dans les années vingt ? Le sang !

Marie a quarante-sept ans. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils forment une famille bourgeoise contemporaine : un boulot accaparant, une indispensable vie sociale, un chien à poils longs, des engueulades et des fous rires, des sushis le samedi, des impertinences d’ado avec un peu d’herbe fumée en cachette et, bien sûr, toujours trop d’Internet. Rien d’extraordinaire, en somme.

Mais ça, c’était avant. Avant que Marie découvre le secret bien gardé du passé passionné et violent qui est le sien. »

On s’en voudrait, bien entendu, de déflorer l’intrigue, aussi insisterons-nous sur les qualités littéraires de l’ouvrage, habilement construit et remarquablement mené, dont la narration est une belle mécanique d’horlogerie fine usant des flash-back avec dextérité.

De la bien belle ouvrage !

Bernard DELCORD

Ce qu’elle ne m’a pas dit par Isabelle Bary, Avin, Éditions Luce Wilquin, collection « Sméraldine », septembre 2016, 254 pp. en noir et blanc au format 14,2 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 €

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Le blog de Francis Richard

12 novembre 2016

Semper longius in officium et ardorem

Ce qu’elle ne m’a pas dit, d’Isabelle Bary.

Ne pas savoir qu’on ne sait pas est une chose. Savoir qu’on ne sait pas est insupportable.

C’est ce que dit Alexandre Fransolet, Alex, à sa femme Marie, parce que depuis seize ans elle ne veut pas savoir ce que dit le dossier brûlant et bleu sur l’accident.

Marie, née Logan, 47 ans, a été élevée par sa grand-mère, Suzanne Levinson, alias Mamysuzy. Ses deux parents, Maïkan, alias Mike, et Lily, sont morts dans un accident de voiture le 23 juin 1971 au Canada. Elle ne sait pas dans quelles circonstances cet accident s’est produit et elle ne sait rien non plus de ses parents.

Après le décès de Mamysuzy, en 2000, une amie de celle-ci, Jeanne, apporte à Marie, qui a donné naissance deux mois plus tôt à Nola, un dossier bleu que Mamysuzy lui a confié pendant des mois. En le lui donnant elle trahit en quelque sorte sa vieille amie, mais, si elle ne le lui donnait pas, elle la trahirait, elle.

Ce dossier contient trois plumes blanches, une photo de Lily, une autre de Maïkan, une chemise plastifiée remplie de coupures de presse sur l’accident, et deux carnets bleus, l’un intitulé Lily et Mike, qu’elle lit (ses parents ont eu une vraie vie, plus étonnante que celle qu [’elle avait] imaginée) et l’autre L’accident, qu’elle n’ose pas lire.

La lecture du premier carnet bleu inspire à Marie cette adresse à Mamysuzy:

Ta fille adorée épouse un homme aux origines improbables. Pour une raison qui m’échappe, cette union te pose problème. Ils meurent dans un accident de voiture au Canada. Tu te charges de m’élever et de me chérir, mais les causes obscures de leur décès te poussent à me cacher jusqu’à l’identité de mon propre père.

Nola va avoir 16 ans. Elle surprend une conversation entre ses deux parents au sujet du dossier bleu. Maintenant elle sait que sa mère ne lui a rien caché de ce qu’elle savait, qu’elle ne sait toujours rien des détails sur l’accident qui a coûté la vie à ses parents, mais qu’elle aurait pu savoir, mais ne l’a pas voulu, pour se protéger elle et protéger sa fille.

Seulement Nola veut savoir: pour choisir quoi faire avec tout ça. Elle va tanner sa mère jusqu’à ce qu’elle lise le deuxième carnet bleu écrit par son arrière-grand-mère, et va chercher la vérité de son côté. Si bien que non seulement Marie va lire peu à peu le deuxième carnet bleu, mais qu’elle va en lire le début à sa fille.

Le récit de Ce qu’elle ne m’a pas dit se confond dès lors avec la découverte progressive de ce que contient le deuxième carnet bleu par Marie, Alex et Nola, avec les conséquences sur leur vie que ces révélations opèrent en eux.

Isabelle Bary, comme dans une intrigue policière, ne révèle l’entière vérité du drame qu’à la fin…

A la fin justement, le lecteur comprend pourquoi l’auteur a placé en épigraphe cette phrase d’Alexandre Fransolet: Toutes les familles sont extraordinaires, ou alors, aucune. Elles sont en fait toutes extraordinaires et recèlent des récits fabuleux, grandioses ou honteux.N’est-il pas naturel, quand c’est possible, de les dévoiler, pour savoir d’où l’on vient?

Quoi qu’il en soit les quatre protagonistes du roman, Suzanne, Lily, Marie et Nola, forment une lignée de sacrées bonnes femmes! Et la fin montre que les deux survivantes sont dignes des deux qui les ont précédées. Aussi n’est-il pas besoin de se demander si le poète fou d’Elsa avait raison quand il écrivait:

L’avenir de l’homme est la femmeElle est la couleur de son âmeElle est sa rumeur et son bruitEt sans elle il n’est qu’un blasphème.

Francis Richard

Ce qu’elle ne m’a pas dit, Isabelle Bary, 256 pages Éditions Luce Wilquin

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